À Gonadaouri, localité de la province burkinabè de l'Oudalan, les bruits des armes résonnent depuis plus de deux mois. Là-bas, les jihadistes affiliés à al-Qaïda, connus sous le nom de Jnim, affrontent impitoyablement leurs rivaux de l'État islamique au Sahel (EIS). Ce conflit, qui s'étend jusqu'aux frontières du Niger, a connu un pic de violence le vendredi 9 octobre, entraînant un lourd bilan humain.
Les combats sont décrits comme particulièrement meurtriers, bien que le nombre exact de victimes reste flou. L'État islamique affirme avoir abattu plus de 400 combattants du Jnim, une estimation vigoureusement contestée par les observateurs régionaux. Plusieurs sources spécialisées confirment pourtant des pertes importantes des deux côtés, incluant la mort de commandants de l'EIS.
Divergences doctrinales et rivalité territoriale
Ces deux factions, bien que partageant une déclaration idéologique commune contre les régimes sahéliens, sont divisées par des conceptions religieuses et stratégiques divergentes. Le Jnim, sous pression, tend vers une forme de souplesse en matière de charia et affiche une volonté de dialogue, contrairement à l'intransigeance et à la violence accrue prônées par l'EIS.
Wassim Nasr, journaliste et analyste, explique que ces groupes évoluent dans la rivalité, cherchant chacun à imposer leur domination sur les mêmes territoires et populations, une dynamique qui date déjà de 2019. Cette compétition pour le contrôle territorial au Mali, Burkina, et Niger alimente une spirale de violence sans issue visible.
Ces rivalités n'ont pas seulement des impacts sur les groupes jihadistes eux-mêmes mais aussi sur la stabilité des pays sahéliens pris en étau entre ces influences antagonistes. Pour l'heure, chaque perte chez les jihadistes représente un adversaire en moins pour les armées nationales engagées dans cette lutte complexe.