Sur les quais du port d'Abidjan, un triste spectacle se déroule sous les yeux des exportateurs de coton. Des tonnes de fibres précieuses attendent leur tour, murées dans des conteneurs pour lesquels aucune destination ne semble se dessiner. Cette situation inédite s'est cristallisée à la suite d'une vague de commandes venues du Bangladesh, engendrant une paralysie jamais vue depuis quinze ans, selon Johanna Adotevi, directrice commerciale d'Ivoire Coton et de Faso Coton.
À mesure que passent les semaines, des navires restent en rade, des escales sont annulées, tandis que les camions peinent à accéder aux terminaux. Le tableau dressé par Mme Adotevi est celui d'un 'chaos' total où les fenêtres d'accostage sont devenues terriblement exiguës, retardant les délais à des records de trois mois, loin des trois semaines habituelles.
Cette conjoncture asphyxiante entraîne avec elle des conséquences financières lourdes. Pour Ivoire Coton, ce sont 3 000 tonnes bloquées, représentant 30 milliards de francs CFA (environ 45,7 millions d'euros) qui ne peuvent être encaissés tant que la marchandise n'est pas expédiée, explique-t-elle. Chaque acteur de la chaîne s'en trouve affecté.
Impact sur les producteurs et négociants
Pour les producteurs, la situation est tout aussi critique. Kassoum Koné, directeur commercial de la compagnie ivoirienne de coton, souligne le désarroi des cotoncultivateurs. Privés de paiements en raison du blocage, ils ressentent durement le manque d'argent. La chaîne de valeur entière se retrouve ainsi impactée, avec des négociants comme Thierry Devilder, de Devcot, qui déplorent les frais supplémentaires et le risque accru de taxes, notamment de l'Inde, qui compte rétablir ses droits de douane dès novembre.
La réputation du coton africain est aussi en jeu. Face à des concurrents tels que le Brésil, Johanna Adotevi craint que les retards n'entachent l'image de fiabilité de la région. Si les conséquences sur les prix ne sont pas encore visibles, elles pourraient bien l'être d'ici l'année prochaine, remettant en question la compétitivité du coton ouest-africain sur le marché mondial.